Harvey Milk, l’histoire d’un héros et martyr gay

Harvey Milk

Vous avez sûrement déjà entendu ce nom. Harvey Milk, cet élu américain au destin tragique. Mais qui était-il vraiment ? Qu’a-t-il fait pour devenir un symbole de la lutte pour les droits des homosexuels et pourquoi est-il mort ? Découvrez l’histoire de Harvey Milk, héros et martyr de la cause gay.

Ses jeunes années

Harvey Bernard Milk est né le 22 mai 1930 à Woodmere, dans l’État de New York aux Etats-Unis, dans une petite famille juive de classe moyenne. Son grand-père Morris, d’origine lituanienne, était propriétaire de Milk’s Dry Goods, un grand magasin de Long Island, où Harvey a travaillé avec son grand frère Robert.

Harvey Milk se rend compte très tôt qu’il est homosexuel, et fait des rencontres dès l’adolescence pour assouvir ses désirs. Mais il sait qu’il doit garder tout cela secret. Élève à la Bayshore High School, il s’applique à dissimuler tout signe susceptible d’éveiller les soupçons, comme son amour pour l’opéra par exemple. Il est cependant bien aidé par sa popularité parmi ses camarades de classe. Athlétique, il joue au football américain et au basket-ball, et il est très apprécié par son esprit comique.

À l’université, il va au New York State College for Teachers à Albany où il rejoint la fraternité juive Kappa Beta. Il devient également rédacteur en chef des sports du journal de l’école. En 1951, il obtient son diplôme de mathématiques.

Il s’engage ensuite dans la marine américaine, et sert comme officier de plongée sous-marine pendant la guerre de Corée à bord de l’U.S.S. Kittiwake, puis en tant qu’instructeur de plongée sur la base navale de San Diego, en Californie. Il est démobilisé en 1955, et déclarera plus tard avoir été victime d’une purge contre les homosexuels dans l’armée.

Après l’armée, Milk part s’installer à New York, où il enseigne dans une école publique. Il occupera ensuite divers emplois, comme celui d’associé de production pour des comédies musicales très en vue de Broadway, ou encore dans la finance à Wall Street, comme analyste boursier et banquier d’affaires.

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Nouvelle vie et débuts politiques à San Francisco

Jusqu’ici très discret sur sa vie personnel et sur son homosexualité, les choses commencent à changer pour Milk vers la fin de son séjour à New York, alors qu’il se lie d’amitié avec des radicaux homosexuels qui fréquentent Greenwich Village, le célèbre quartier gay.

Fin 1972, lassé de sa vie à New York, il part s’installer à San Francisco, en Californie. Il y ouvre un magasin d’appareils photo, Castro Camera, sur Castro Street, en plein cœur de la communauté gay de la ville.

Harvey Milk trouve peu à peu sa voix en tant que leader et activiste. En 1973, il se présente à un siège au conseil de surveillance de San Francisco. Il perd l’élection mais finit 10ème sur 32, ce qui l’incite à poursuivre ses efforts politiques. Parallèlement, il co-fonde la Castro Village Association pour unir les propriétaires de commerces gays, et lance la première Castro Street Fair en 1974.

Il forge également une alliance avec le syndicat Teamsters en soutenant un boycott de la bière Coors, et le syndicat lui rend la pareille en promettant d’embaucher davantage de chauffeurs gays. Son charisme, son franc-parler, son énergie ses compétences politiques naturelles l’emmènent à être rapidement surnommé le « maire de Castro Street ».

En 1975, il perd de justesse une deuxième élection pour le siège au conseil de surveillance de la ville. Mais Milk est devenu une force politique et a noué des relations importantes. Il obtient un poste au sein de l’administration du nouveau maire George Moscone, mais est toutefois contraint de démissionner rapidement après avoir annoncé sa candidature à l’Assemblée de l’État de Californie, où il essuie une nouvelle défaite électorale.

Le Superviseur Harvey Milk

Harvey Milk au bureau du maire en 1978
Daniel Nicoletta, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Malgré ses défaites électorales, Harvey Milk ne se laisse jamais décourager. Afin d’obtenir davantage de soutien, il fonde le San Francisco Gay Democratic Club. Il cherche également à élargir son audience au-delà de la communauté gay en promettant de créer des logements sociaux, de réformer le code des impôts pour stimuler l’industrie, et de mettre en place des garderies pour les mères qui travaillent.

En novembre 1977, il obtient enfin un siège au conseil d’administration de la ville et du comté de San Francisco. Il est inauguré le 9 janvier 1978, et devient alors le premier officier ouvertement gay de San Francisco, et l’un des premiers élus ouvertement homosexuels aux États-Unis.

En tant que superviseur, Harvey Milk mène un projet de loi visant à interdire la discrimination en matière d’emploi, de logement et d’hébergement public fondée sur l’orientation sexuelle. Cette nouvelle loi est adoptée en mars 1978 et est encore aujourd’hui l’une des mesures les plus strictes du pays en matière de droits des homosexuels.

À l’été et l’automne 1978, il passe une grande partie de son temps à faire campagne contre la Proposition 6 du sénateur d’État californien John Briggs, qui vise à interdire aux personnes homosexuelles d’enseigner et à toute personne soutenant les droits des homosexuels de travailler dans les écoles californiennes. Il obtient le soutien de plusieurs personnalités politiques comme le président Jimmy Carter et l’ancien gouverneur de Californie Ronald Reagan, et la Proposition 6 est finalement largement rejetée en novembre, par plus d’un million de voix.

« L’espoir ne sera jamais silencieux »

Harvey Milk

Le meurtre de Harvey Milk   

Une du journal suite au meutre de Harvey Milk
The San Francisco Chronicle, Public domain, via Wikimedia Commons

L’ascension de Milk est un moment important pour la communauté gay. À l’époque, l’homosexualité est encore considérée par une maladie mentale par de nombreux psychiatres. C’est pourtant dans ce contexte que le maire libéral Moscone devient un partisan des droits des homosexuels, en abolissant la loi anti-sodomie de la ville de San Francisco et en nommant plusieurs personnes gays et lesbiennes à des postes importants.

Mais la cause homosexuelle a également ses ennemis. Dan White, ancien policier et pompier élu au conseil d’administration de la ville et du comté de San Francisco, perçoit ces avancées comme un effondrement des valeurs traditionnelles et se heurte fréquemment au parti plus libéral de Milk.

En 1978, White démissionne de son poste. Mais il change finalement d’avis et demande à Moscone de le renommer. Encouragé par Milk et d’autres personnes à nommer un membre du conseil plus libéral à sa place, le maire refuse. White, qui est convaincu que Moscone et Milk tirent sa ville vers le bas, est dévasté.

Le 27 novembre 1978, il entre dans l’hôtel de ville avec un revolver chargé, par une fenêtre du sous-sol afin d’éviter les détecteurs de métaux. Il se rend dans le bureau du maire où il commence à se disputer avec l’élu. Devant le nouveau refus de Moscone de le renommer à son ancien poste, White le tue de deux balles dans la poitrine et deux dans la tête. Il traverse ensuite le bâtiment jusqu’au bureau de Milk, qu’il abat de deux balles dans la poitrine, une dans le dos et deux dans la tête. Il se rendra peu après commissariat de police où il travaillait auparavant.

Ce soir-là, des dizaines de milliers de partisans de Milk se rendent à l’hôtel de ville pour une veillée aux chandelles pacifique.

Le procès de Dan White

Lors du procès qui suit, les avocats de Dan White affirment que leur client souffre d’une grave détresse mentale due à la perte de son emploi. Comme preuve de sa baisse de moral, ils expliquent qu’il a abandonné son régime alimentaire habituel pour s’adonner à la malbouffe, se gavant notamment de Twinkies, un gâteau américain, et de Coca-Cola.

Cette stratégie est tournée en dérision sous le nom de « défense Twinkie », mais la situation de White semble malgré tout toucher le jury. Et le 21 mai 1979, à la surprise générale, White est condamné pour homicide volontaire et non pour meurtre, à sept ans et huit mois de prison.

Suite au verdict, les manifestants de la communauté gay de Castro présents devant l’hôtel de ville, jusqu’ici pacifiques, deviennent furieux. Ils prennent d’assaut l’hôtel de ville et mettent le feu à des voitures de police. Plus de 5 000 policiers répondent en démolissant des bars gays et en battant leurs clients. Au total, 124 personnes sont blessées, dont 59 policiers, dans ce qui sera surnommé les « émeutes de la White Night ».

Dan White sera finalement libéré le 6 janvier 1984 après cinq ans en prison. En 1985, soit un an après sa libération, il se suicide.

L’héritage de Harvey Milk

Plaque en hommage à Harvey Milk
Steven Damron from San Francisco, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

La mort de Harvey Milk a été un coup dur pour la communauté gay de San Francisco, pour laquelle il était devenu une figure de proue. Mais son passage sous les feux de la rampe, la nature de sa mort et le message puissant qu’il laisse dans son sillage ont marqué une étape importante dans la lutte pour les droits des homosexuels. Son héritage ne peut pas être sous-estimé.

Après sa mort, une succession d’élus, dont les membres du Congrès Gerry Studds et Barney Frank, ont reconnu publiquement leur homosexualité.

Les hommages à Harvey Milk

Dans les années qui suivent son décès, de nombreux hommages sont rendus à l’activisme novateur de Milk dans toute l’Amérique. Son nom est attaché à une série d’écoles, de bâtiments et de centres publics dans toute la Californie. Une place, la Harvey Milk Plaza, est nommée en son honneur, dans le quartier Castro où se trouvait son magasin.

En 2009, le 22 mai, date d’anniversaire du militant, est reconnu comme le Harvey Milk Day. En ce jour, Barack Obama lui a décerné la médaille présidentielle de la liberté à titre posthume.

En juillet 2016, la marine américaine a annoncé qu’un pétrolier de la flotte navale serait baptisé USNS Harvey Milk, en reconnaissance des années passées par Milk dans la marine et de son militantisme pour les droits civiques. Le neveu de Milk a salué la décision, affirmant qu’elle enverrait « un feu vert à tous les hommes et femmes courageux qui servent notre nation : que l’honnêteté et l’authenticité sont tenues parmi les idéaux les plus élevés de l’armée de la nation ».

Scott Wiener, politicien de San Francisco, a également célébré l’annonce dans un communiqué : « Lorsque Harvey Milk a servi dans l’armée, il ne pouvait dire à personne qui il était vraiment. Maintenant, notre pays dit aux hommes et aux femmes qui servent, et au monde entier, que nous honorons et soutenons les gens pour ce qu’ils sont ».

À Paris en France, nous avons également une Place Harvey Milk. Située dans le 4ème arrondissement de la capitale, elle a été inaugurée en juin 2019.

Les livres et les films sur l’histoire de Harvey Milk

Son histoire a été connue d’un public plus large grâce à la biographie de Randy Shilts, « The Mayor of Castro Street », publiée en 1982.

Au cinéma, le documentaire de Rob Epstein « The Times of Harvey Milk »  contribue à mettre à avant ce militant fascinant et charismatique. Il obtient un Oscar en 1984.

Enfin, plus récemment, le film biopic « Milk » réalisé par Gus Van Sant met en scène Sean Penn dans le rôle principal. L’acteur remportera l’Oscar 2009 du meilleur acteur pour son interprétation de l’homme politique assassiné, et le scénariste Dustin Lance Black cela du meilleur scénario.

Le saviez-vous ? Harvey Milk avait prédit son meurtre

Harvey Milk avait effectué un enregistrement dont il avait demandé qu’il ne soit « diffusé que dans l’éventualité de (sa) mort par assassinat ».

Milk y déclare qu’il était conscient des risques : « Je me rends parfaitement compte qu’une personne qui défend ce que je défends, un militant, un militant gay, devient une cible ou la cible potentielle de quelqu’un qui n’est pas sûr de lui, qui est terrifié, qui a peur ou qui est lui-même très perturbé ».

Il lance ensuite un appel puissant aux homosexuels qui se cachent pour qu’ils fassent leur coming out dans cette phrase devenue célèbre :

« Si une balle devait entrer dans mon cerveau, que cette balle détruise toutes les portes de placard du pays. »