Les émeutes de Stonewall

Slogan Fierté Love & Résistance à Stonewall New York

Vous avez très certainement entendu parler des émeutes de Stonewall, cette série de manifestations et d’affrontements violents entre la police et les militants pour les droits des homosexuels ayant débuté dans un bar gay de New York. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Que s’est-il passé aux premières heures du 28 juin 1969 et comment en est-on arrivé là ? Retour sur cet événement qui a marqué un tournant dans le mouvement LGBT.

Les bars gays avant les émeutes de Stonewall

Les années 1960 et les décennies précédentes n’étaient pas des périodes très accueillantes pour les américains gays, lesbiennes, bisexuels ou transgenres. En 1969, la sollicitation de relations homosexuelles était tout simplement illégale dans la ville de New York.

Pour ces raisons, les personnes appartenant à la communauté LGBT se rendaient dans les bars et clubs gays, véritables lieux de refuges où elles pouvaient s’exprimer ouvertement et socialiser librement.

Malgré tout, bon nombre de ces bars faisaient l’objet d’un harcèlement régulier de la part de la police. De même, la New York State Liquor Authority (l’Autorité sur l’Alcool de l’Etat de New York) pénalisait et fermait les établissements qui servaient de l’alcool à des personnes suspectées ou connues pour être LGBT, prétextant que le rassemblement d’homosexuels était « désordonné ».

Ces réglementations, suite aux efforts des militants LGBT, sont été annulées en 1966 et les clients pouvaient alors se faire servir de l’alcool. Toutefois, afficher un comportement homosexuel en public comme par exemple s’embrasser, se tenir la main, ou danser avec une personne du même sexe était toujours illégal, et par conséquent le harcèlement policier des bars gays s’est poursuivi.

A l’époque, de nombreux bars de New York appartenaient à la mafia et fonctionnaient sans licence d’alcool. L’un d’entre eux, lieu de rassemblement bien connu des jeunes gays, lesbiennes et transsexuels, était le Stonewall Inn situé à Greenwich Village, un bar sombre, miteux, mais très souvent bondé.

Le Stonewall Inn

Another Believer, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Au milieu des années 1960, la famille Genovese, appartenant au syndicat du crime, contrôlait la plupart des bars gays de Greenwich Village. En 1966, il ont acheté le Stonewall Inn, bar restaurant hétéro situé aux 51 et 53 Christopher Street, l’ont rénové et ouvert l’année suivante en tant que bar gay.

Le bar n’avait pas de licence pour vendre de l’alcool, il était enregistré comme « bottle bar » privé où les clients étaient censés apporter leur propre alcool. La famille Genovese versait donc des pots de vin à la sixième circonscription de police de New York pour qu’elle ignore les activités qui se déroulaient dans le club.

Les visiteurs du Stonewall étaient accueillis par un videur qui les inspectait à travers un judas. Ils devaient être connus du portier ou avoir l’air gay, pour éviter de laisser entrer involontairement des policiers en civil. Si la police était repérée dans le bar, des lumières blanches étaient allumées pour signaler que tout le monde devait arrêter de danser ou de se toucher.

Sans l’intervention de la police, les propriétaires pouvaient réduire les coûts comme elle l’entendait : il n’y avait pas de sortie de secours, d’eau courante derrière le bar pour laver les verres qui étaient simplement passés dans des bacs d’eau et immédiatement réutilisés, et de toilettes propres qui étaient constamment envahis.

De plus, la mafia aurait également fait chanter les clients les plus riches du club qui souhaitaient garder leur sexualité secrète.

Néanmoins, le Stonewall Inn est rapidement devenu une institution importante de Greenwich Village. Son entrée était bon marché, il était grand, c’était le seul bar pour homosexuels où la danse était autorisée et il accueillait volontiers les drag queens qui recevaient un accueil amer dans d’autres bars et clubs gays. C’était également un foyer nocturne pour de nombreux jeunes gays sans abri qui mendiaient ou volaient pour pouvoir se payer l’entrée.

Les raids policiers étaient toujours d’actualité, mais les policiers corrompus informaient la mafia des interventions à venir, ce qui leur permettait de dissimuler l’alcool et les autres activités illégales.

Le mardi précédent les émeutes, la police avait déjà pris d’assaut le Stonewall Inn.

Le 28 juin 1969 : le début des émeutes de Stonewall

The White House, Public domain, via Wikimedia Commons

Aux premières heures du samedi 28 juin 1969, neuf policiers munis d’un mandant pénètrent dans le Stonewall et constatent avec surprise que le bar n’a pas été prévenu de leur descente cette fois-ci. Ils malmènent de nombreux clients, vident le bar, arrêtent les employés pour vente d’alcool sans licence, et placent plusieurs personnes en détention conformément à la loi new-yorkaise autorisant l’arrestation de toute personne ne portant pas au moins trois articles de vêtements adaptés à son sexe, les agents féminins emmenant les clients suspects aux toilettes pour vérifier leur sexe.

D’habitude, lors des autres descentes de police, les clients se dépêchaient de sortir du bar et partir. Mais ce n’est pas ce qui se passe cette fois-ci. Lassés par le harcèlement constant de la police et par la discrimination sociale, les clients sont en colère et les habitants du quartier restent à l’extérieur du bar plutôt que de se disperser.

La foule devient de plus en plus agitée au fur et à mesure que les événements se déroulent et que les gens sont agressivement malmenés par la police. À un moment donné, une lesbienne menottée qui se débat est frappée à la tête par un officier qui la force à monter dans un fourgon de police. Elle crie aux spectateurs d’agir, ce qui emmène la foule à commencer à jeter des pièces de monnaie, des bouteilles, des pavés, et d’autres objets sur la police.

En quelques minutes, une véritable émeute impliquant des centaines de personnes a commencé. Habitués à un comportement plus passif, les policiers appellent des renforts et se barricadent à l’intérieur du bar pendant que quelques 400 personnes se déchainent. La barricade de la police est franchie à plusieurs reprises et le bar est incendié.

Finalement, les pompiers et une brigade anti-émeute parviennent à éteindre les flammes, à secourir les personnes à l’intérieur du bar et à disperser la foule.

Six jours d’émeutes

Hommages au bar du Stonewall Inn
Rhododendrites, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La nouvelle de l’émeute se répand rapidement dans Greenwich Village. Toute la journée du samedi 28 juin, les gens viennent contempler le Stonewall Inn brûlé et noirci, dont les murs sont garnis de graffitis tels que « Drag power »,  « They invaded our right » (« ils ont envahi nos droits »), « Support gay power » (« Soutenez le pouvoir gay ») et « Legalize gay bars » (Légalisez les bars gays »).

La nuit suivante, de nouvelles émeutes éclatent. Certains décrivent cette seconde nuit comme la plus violente. Des feux sont allumés dans des poubelles dans tout le quartier, plus de cent policiers interviennent. Lorsqu’ils capturent des manifestants, la foule déferle pour les reprendre. Les affrontement vont durer jusqu’à 4h du matin.

Les manifestations vont se poursuivre pendant quatre jours supplémentaires dans le quartier, de façon plus ou moins violente selon les jours. Des milliers de personnes y participent.

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L’héritage de Stonewall

Stonewall est rapidement devenu un symbole de résistance à la discrimination sociale et politique qui inspirera la solidarité entre les groupes homosexuels pendant des décennies. L’incident de Stonewall représente peut-être la première fois que des lesbiennes, des gays et des personnes transgenres comprennent l’intérêt de s’unir derrière une cause commune.

Bien que le soulèvement de Stonewall n’ait pas été à l’origine du mouvement de défense des droits des homosexuels, il a galvanisé l’activisme politique des personnes LGBT.

Cet événement a donné lieu à la création de nombreuses organisations de défense des droits des homosexuels, dont le Gay Liberation Front, la Human Rights Campaign, OutRage !, GLAAD (anciennement Gay and Lesbian Alliance Against Defamation), PFLAG (anciennement Parents, Families and Friends of Lesbians and Gays), ou encore Queer Nation.

À l’occasion du premier anniversaire des émeutes, le 28 juin 1970, des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Manhattan, du Stonewall Inn à Central Park, pour le « Christopher Street Liberation Day », la première parade de la fierté homosexuelle aux États-Unis. Le slogan officiel de la parade était : « Dites-le bien fort, les gays sont fiers ».

En 1999, le service des parcs nationaux des États-Unis a inscrit le Stonewall Inn au registre national des lieux historiques.

En 2016, le président Barack Obama a désigné le site des émeutes de Stonewall comprenant le Stonewall Inn, le Christopher Park, ainsi que les rues et trottoirs environnants, comme monument national en reconnaissance de la contribution de la zone aux droits des homosexuels.

En 2019, peu avant le 50ème anniversaire des émeutes, le commissaire de police de la ville de New York, James P. O’Neill, a présenté des excuses au nom de la police en déclarant : « Les mesures prises par la N.Y.P.D. étaient mauvaises, purement et simplement ». 

Plaque commémorative des émeutes de Stonewall
Grace.Mahony, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons